L’Édito du Père Geoffroy : 100 ans après l’armistice, quelle paix ?

L’Édito du Père Geoffroy : 100 ans après l’armistice, quelle paix ?

11 novembre 1918 : signature de l’armistice en la fête de saint Martin. Cela fait cent ans. Les derniers poilus nous ont quittés et cette guerre, et cette paix semblent bien lointaines. Au lendemain de la guerre, en janvier 1919, le père Teilhard de Chardin soulignait la désillusion de la paix : « Alors ce n’était donc que cela la paix !… »

Que se passait-il ? « Un instant émus, unis, grandis, dans une défense commune, les hommes, aussitôt que l’étreinte du danger s’est relâchée, sont revenus à leur éparpillement égoïste et jaloux. Beaucoup de vice, beaucoup d’exploitation éhontée, beaucoup d’utilitarisme, et, au-dessous de tout cela, un dégoût profond et révolté pour tant de mal inutilement subi ou causé, tel est, paraît-il, le triste bilan de la Guerre. » Sur notre continent qui connaît une paix relative mais réelle, une paix prolongée depuis plus de 70 ans malgré quelques soubresauts, nous pourrions faire le même constat. Tout ce sang versé au long du XXème siècle pour le maigre résultat d’une société qui semble se dissoudre dans l’éphémère !

Le jésuite nous aide cependant à discerner l’enseignement que le monde a tiré de la grande épreuve.  L’expérience de la guerre, en effet, a marqué profondément l’humanité, et l’a marqué positivement même si cela ne paraît pas : « le monde est meilleur parce que nous avons résisté au Mal jusqu’au sang. » La guerre a permis l’expérience d’une union entre les hommes « dans la conscience de Quelque chose qui les englobait et les dépassait. »

Aujourd’hui le monde devient « global » ; les hommes s’unissent pour parler une seule langue, produire et consommer les mêmes produits, construire une même humanité intelligente et en bonne santé. Quiconque s’arrête un instant ne peut être qu’effrayé par ce que nous vivons, comme Teilhard l’était au lendemain de la guerre. Nous pourrions conclure devant l’individualisme mortifère qui règne aujourd’hui : « Alors ce n’était donc que cela la paix !… » et rêver d’une bonne guerre… et pourtant, nous ne pouvons nous y résoudre.

L’humanité a renoncé à certains conflits. Plus jamais la guerre, et ce fût l’Europe, un continent où règne la paix… Oui, mais ce qu’elle a lâché d’une main elle l’a repris de l’autre : guerre économique, eugénisme, avortement, euthanasie etc. Peut-être, mais elle a renoncé à une guerre où l’homme lui-même sert de chair aux canons. Le pas est modeste, le progrès est faible, d’aucuns parleraient même de recul et pourtant, avec le père Teilhard, nous voulons croire au progrès de l’humanité. A nous de découvrir dans ce conflit caché qu’elle est ce « Quelque chose » qui peut nous unir afin grandir dans la paix.

11 novembre 2018 – Pèlerinage à Chartres

« 100 ans après l’armistice, Heureux les artisans de paix, ils seront appelés fils de Dieu »

Train à 8h09 de Montparnasse jusqu’à Jouy

Marche – pique-nique – Messe à Chartres

Retour par le train de 17h35 (arrivée à Paris à 18h50)

Votre aumônier

Geoffroy de Talhouët