L’étude de l’Écriture

« L’étude fonctionne par couple. » Qu’est-ce que cela veut dire ? J’étudie en prenant un livre, en écoutant une leçon, en travaillant, en étudiant. Je suis seul face au livre ou à l’enseignant… nécessairement seul même. Pourquoi alors faut-il être deux pour étudier ? Cette altérité est pourtant un principe du judaïsme rappelé par Jérôme Benarroch en introduction d’une conférence.

N’étant pas juif, je ne peux donner de réponse à cette question, mais souligner l’intérêt de cette pratique. A un légiste qui l’interroge sur la vie éternelle, Jésus lui répond « Dans la Loi qu’y a-t-il d’écrit ? Comment lis-tu ? » (Lc 10,26) L’acte de lecture est un acte d’interprétation. Les mots expriment une réalité qu’il s’agit de dire. Si « Je » n’est pas singulier mais double, j’admets au principe de mon étude la nécessité d’un autre, du frère, pour interpréter l’Écriture.

Le pape Benoît XVI le rappelait dans son exhortation sur la Parole de Dieu en se référant à saint Jérôme : « nous ne pouvons jamais lire seuls l’Écriture. Nous trouvons trop de portes fermées et nous glissons facilement dans l’erreur. La Bible a été écrite par le Peuple de Dieu et pour le Peuple de Dieu, sous l’inspiration de l’Esprit Saint. C’est seulement dans cette communion avec le Peuple de Dieu, dans ce ‘nous’, que nous pouvons réellement entrer dans le cœur de la vérité que Dieu lui-même veut nous dire. » (Verbum Domini n°30)

La tradition juive va plus loin en encourageant des binômes d’étude qui durent dans le temps. La réalité à déchiffrer n’est pas seulement dans le texte, mais dans le frère. Si je peux me projeter dans le texte, le frère lui résiste ; si j’intègre cette résistance alors la réalité du texte, la vérité qu’elle contient peut être dévoilée. Si j’étudie avec le même frère, comme dans un couple, je découvre une altérité irréductible comme celle du texte ; mais reconnue elle devient source de communion. Communion à Dieu, communion au frère par l’Écriture.

Cette altérité nous pouvons l’accueillir dans la manière de lire l’Écriture. Juifs et chrétiens avons une même Parole mais des méthodes différentes. Pour nous, l’accomplissement de la Parole par Jésus Christ risque de nous détourner de la lettre. L’étude juive nous rappelle que la lettre, jusque dans ses contradictions, par ses contradictions même, porte et révèle le mystère de Dieu. L’Esprit sans la lettre s’évanouit car l’Esprit est dans la lettre de même que nous croyons que l’Esprit est dans le frère.

Afin d’enrichir notre étude je vous invite à deux soirées d’étude biblique autour de l’arbre de la connaissance du bien et du mal avec Jérôme Benarroch, le dimanche 11 mars et le mardi 13 mars 2018 à 20h30 à l’aumônerie.

Votre aumônier
Geoffroy de Talhouët