Ne passez pas de maison en maison …

Un enfant DOIT faire, en plus de son parcours scolaire, du piano, de l’anglais, du sport… Éventuellement du catéchisme pour lui donner un peu de culture ; au lycée il FAUT entrer dans les meilleurs établissements pour intégrer une bonne prépa ; le bac en poche chacun se débrouille, mais, selon son cursus il FAUT toujours viser l’excellence : formations complémentaires voire double cursus, semestres à l’étranger, diplômes prestigieux etc. A chaque étape de cette terrible sélection il y a ceux qui échouent et sortent du circuit et les autres…

Nous voilà maintenant étudiants. Si je suis catho l’excellence DOIT être de mise : je peux m’engager dans des maraudes à la paroisse, faire de la mission avec Anuncio, des veillées de prières avec Abba, partager du temps fraternel dans mon aumônerie, m’engager comme responsable d’un groupe scout, chanter dans une chorale, suivre un parcours EVEN, participer à des week-end ABO etc… Je cherche le meilleur et je suis actif. Je me rends utile et je reçois beaucoup… J’EXISTE !

Dans ce monde de réseaux, les propositions sont multiples. Ce soir j’ai le choix entre une super conférence des Semeurs d’espérance qui invitent une personnalité absolument exceptionnelle, un concert de Glorious qui se produit dans une paroisse voisine, une soirée d’aumônerie, une soirée avec un ami de passage. Et puis il y a mes études… Je ne dois pas oublier cette performance non plus. Que faire ? Certaines propositions sont plus engageantes, elles durent deux jours, avec des gens que je ne connais pas bien, comme le pèlerinage des étudiants à Chartres… Qu’est-ce qu’on va faire. Tout ce temps perdu que je pourrai utiliser autrement !

Les années passent, je multiplie les expériences et les rencontres, j’entretiens des réseaux, je suis connu et reconnu mais quelque chose me manque. Que se passe-t-il ? Je suis seul et je ne comprends pas. Et si je passais à côté de ma vie ? J’ai le sentiment que ma vie se déroule sans que je m’y engage. Et si, renonçant à tous ces mirages de réussite, j’acceptais de n’être pas le meilleur, d’avoir seulement quelques amis, de m’engager dans un seul lieu ? Et si j’acceptais de demeurer dans une ville, dans une maison, avec une personne, pour une rencontre réelle source de communion et de joie… Renoncer à toutes ces nécessités sociales ne me rendrait-il pas plus LIBRE ? N’est-ce pas cela la vie à laquelle je suis appelé ?

« Dans toute maison où vous entrerez, dites d’abord : “Paix à cette maison.” S’il y a là un ami de la paix, votre paix ira reposer sur lui ; sinon, elle reviendra sur vous. Restez dans cette maison, mangeant et buvant ce que l’on vous sert ; car l’ouvrier mérite son salaire. Ne passez pas de maison en maison. » (Lc 10,5-7)

Votre Aumônier,

Geoffroy de Talhouët